Du SketchUp au Rendu Final : OpenAI a-t-il perdu la bataille du photoréalisme face à Google ?
L’industrie de l’Archiviz et du design industriel est à un tournant. Jusqu’à présent, les outils d’IA générative étaient considérés comme des jouets créatifs ou des générateurs d’inspiration (moodboards). Mais avec la récente mise à jour du modèle de génération d’images d’OpenAI (intégré à ChatGPT) et la montée en puissance de Google Gemini (Imagen 3), la promesse change : peut-on désormais intégrer ces modèles dans un flux de production réel, capable de transformer une esquisse SketchUp en un rendu client final ?
Chez Educasium, nous avons mis les deux géants à l’épreuve sur des critères non négociables pour les professionnels : la fidélité géométrique, le respect des matériaux et la précision du photoréalisme.
Le verdict est surprenant : si OpenAI gagne en vitesse, il semble avoir régressé sur un point critique pour les ingénieurs et architectes. Analyse.
1. Le test de fidélité objet : Quand l’IA “invente” le design
Pour un designer produit ou un architecte d’intérieur, le respect de la référence est absolu. Si vous fournissez l’image d’un luminaire spécifique, l’IA ne doit pas le redessiner.
Dans notre test comparatif, nous avons fourni aux deux modèles la photo d’une lampe moderne en métal, sans base, avec une instruction complexe pour la contextualiser dans une image e-commerce.
L’approche OpenAI : L’esthétique avant la vérité
Le nouveau modèle d’OpenAI a généré une image visuellement plaisante, avec un bel éclairage. Cependant, il a commis une erreur fatale pour un usage professionnel : l’hallucination structurelle. Le modèle a ajouté arbitrairement une base en bois au luminaire, un élément qui n’existait pas sur le produit original.
- Implication Pro : Inutilisable pour un catalogue produit ou une validation client, car l’IA a modifié les spécifications techniques de l’objet.
La réponse de Google Gemini
À l’inverse, Gemini a fait preuve d’une rigidité salutaire. Il a respecté l’objet à 100%, conservant l’absence de base et la matérialité exacte du métal.
- Verdict : Pour la fidélité stricte (Hard Surface Modeling), Google conserve l’avantage.
2. Le Crash Test Archiviz : Du modèle 3D (SketchUp) au Photoréalisme
C’est ici que se joue la crédibilité de ces outils pour les cabinets d’architecture. Nous avons soumis aux deux IA une capture d’écran brute issue de SketchUp : un intérieur avec une table, des chaises “filaires” et une bicyclette suspendue. L’objectif : transformer ce wireframe basique en une photographie hyper-réaliste.
Les limites du “Nouveau” Modèle OpenAI
Bien que la mise à jour promette une meilleure gestion des instructions, le résultat sur l’interprétation 3D est décevant.
- Le problème du “Toon Shading” : L’image générée ne ressemble pas à une photo, mais à une illustration numérique avancée. Les chaises conservent des contours épais (outlines) typiques du dessin, brisant l’illusion de réalité.
- Incohérence spatiale : Plus grave encore, la lampe au plafond semble “flotter” sans point d’accroche logique, et la bicyclette présente des artefacts géométriques qui la rendent irréelle.
- Itération impossible : Même en affinant le prompt pour forcer le réalisme, les défauts de contour persistent.
La maîtrise de Google Gemini
Face au même input SketchUp, Gemini a produit un rendu qui pourrait tromper un œil non averti.
- Photoréalisme : Les textures des murs, les ombres portées et les reflets sur le sol sont traités comme dans un moteur de rendu type V-Ray ou Corona.
- Édition locale (Inpainting) : Lorsque nous avons demandé de changer la couleur des murs ou de passer la scène en mode “nocturne”, Gemini a conservé la géométrie de la pièce intacte tout en réajustant l’éclairage global (Global Illumination) avec une précision bluffante.
Note de l’expert : En architecture, le “charme” d’une image ne compense pas une erreur de perspective. OpenAI crée de belles images ; Google crée des images justes.
3. Gestion de la cohérence dans un flux de travail itératif
Un projet d’architecture n’est jamais figé. On commence par une esquisse, on passe au rendu, puis on décline ce rendu sur des supports marketing (affiches, intégrations in-situ).
La dégradation du signal chez OpenAI
Nous avons observé un phénomène intéressant : plus la conversation s’allonge et plus on demande d’itérations à OpenAI (ex: “mets cette image dans un cadre”, “change le logo”), plus la cohérence visuelle se dégrade. Lors d’un test d’intégration d’un poster dans un cadre au mur, OpenAI a fini par déformer complètement le visuel d’origine. Il a du mal à gérer les “petits éléments” au sein d’une grande composition sans les réinterpréter.
La stabilité de Gemini
Google Gemini gère mieux la mémoire des éléments visuels. Que ce soit pour intégrer une étiquette sur une bouteille ou un poster dans un décor 3D, il respecte mieux les proportions et le contenu source, même lorsque l’élément occupe une petite portion de l’image finale.
4. Verdict Technique : Quel outil pour votre cabinet ?
Après avoir poussé ces modèles dans leurs retranchements sur des tâches techniques, le constat est clair pour le marché B2B français.
OpenAI (DALL-E 3 / Modèle 1.5) est idéal pour :
- Le brainstorming rapide (Brainstorming).
- L’illustration conceptuelle où l’ambiance prime sur la structure.
- Les profils créatifs qui cherchent une esthétique “lisse” et artistique.
Google Gemini (Imagen 3) est l’outil supérieur pour :
- L’Architecture et l’Ingénierie : Sa capacité à interpréter des volumes 3D bruts en images photoréalistes est nettement supérieure.
- Le Design Produit : Il respecte les références fournies sans “halluciner” de détails non demandés.
- Le Marketing Technique : Meilleure gestion du texte (OCR et rendu de typo) et des infographies complexes.
Le Conseil d’Educasium
Si votre flux de travail implique de présenter des avant-projets réalistes à des clients exigeants, ne vous laissez pas séduire par la popularité de ChatGPT. Pour l’instant, Gemini offre le contrôle et la rigueur nécessaires aux métiers techniques.
Cependant, l’outil n’est rien sans la maîtrise du prompt. Savoir “parler” à l’IA pour qu’elle respecte une focale de 35mm, une température de lumière (Kelvin) ou une texture de béton banché est une compétence qui s’apprend.
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